Quel est l’impact de la crise COVID-19 pour les assureurs ?

L’économie française est en crise pour de longs mois

A l’heure du déconfinement, le retour de l’économie française à son niveau d’avant crise s’annonce long et difficile. Le confinement ayant eu pour conséquence une perte de 15 milliards d’€ de richesse par semaine (estimation OFCE[1]) et d’un recul d’au moins 6% du PIB français, il sera impossible de voir l’économie redécoller aussi vite qu’elle n’a chuté et il faudra s’attendre à ce que cette perte se maintienne, certes à un niveau moindre, mais qu’elle se poursuivre sur plusieurs mois post-confinement.

En effet, la perspective d’une reprise partielle de l’activité commerciale, de l’application des règles de distanciation sociale, de reports voire annulations des projets et des embauches, et de la possibilité d’une seconde vague de pandémie sont loin d’améliorer la confiance en l’avenir pour les entrepreneurs et les consommateurs. A cela s’ajoute le fait que tous les acteurs économiques ne sont pas logés à la même enseigne : par exemple le milieu de la restauration fortement impacté par le confinement à raison d’une chute de 91% de son activité (source INSEE[2]) n’était pas concerné par la levée du confinement du 11 mai 2020, pour lui l’activité fortement réduite va se prolonger.

Les assureurs : des « sauveurs » tous trouvés

Aussi dès le début des effets de cette crise économique, les yeux se sont tournés vers les assureurs. On  a reproché très tôt à ces derniers de continuer à toucher les cotisations d’assurance mais à ne pas verser en retour les prestations attendues par les professionnels sinistrés qui ont vu leur activité considérablement diminuée, voire mise à zéro par ce confinement. Toute la question porte autour de la prise en charge des sinistres de perte d’exploitation sans dommages. Le problème étant que ce risque de pandémie ne constitue pas un risque couvert et tarifé par les assureurs.

La colère de ces professionnels peut légitimement se comprendre mais elle se heurte à une réalité moins connue : si les assureurs devaient prendre en compte les pertes de leurs clients, il leur serait impossible de couvrir l’intégralité de ces dommages, dont nous ne connaissons pas encore l’ampleur définitive. F. Lustman, la présidente de la FFA[3], l’a déclaré : “En France, les pertes d’exploitation liées à la pandémie se chiffrent à près de 60 milliards, c’est-à-dire plus que les fonds propres des assureurs non-vie”. Si les assureurs étaient forcés de financer ces pertes, le risque de faillite des assureurs serait engagé et deviendrait systémique à l’image de ce qui avait été constaté en 2008 au sein du secteur bancaire.

Les premières assignations en justice des assureurs par leurs assurés pour refus d’indemnisation des pertes d’exploitation ont été lancées, les verdicts qui seront rendus seront décisifs pour l’avenir des assureurs. On constate cependant que certains acteurs du secteur ont pris le parti d’indemniser au moins partiellement et d’une façon forfaitaire leurs assurés de leurs pertes d’exploitation.

Un choc qui a également touché les assureurs…

Comme pour l’ensemble de l’économie, les assureurs ont également subi de plein fouet les effets de cette crise. Les sociétés du secteur banque/assurance ont connu une perte brutale. Les fonds propres qui correspondent aux capitaux dont disposent les sociétés d’assurances pour couvrir l’intégralité des engagements liés à leurs activités ont eux-mêmes subi les effets de cette crise.  En effet, ces fonds propres représentant la garantie des engagements à long terme pour les assureurs, ont été largement investis en actions/supports immobilier/actifs peu liquides… supports pour la plupart fortement dévalués par cette crise et les baisses vertigineuses des marchés financiers mondiaux courant mars.

La réglementation spécifique aux assureurs (Solvabilité 2) étant d’ailleurs très stricte sur la gestion des fonds propres et imposant aux assureurs de respecter des ratios de détention de fonds propres par rapport aux exigences minimales (selon les branches pratiquées, d’une façon simplifiée, de l’ordre de 20 % de leur chiffre d’affaires ou de 5% de leurs engagements), il sera primordial que l’ACPR[4] en sa qualité de régulateur de l’assurance se montre compréhensive durant cette période difficile.

Cette même chute de la valorisation des marchés financiers a par ailleurs un impact sur les revenus de gestion des assureurs vie/retraite, dont l’assiette dépend des valeurs de marché des actifs gérés.

…et qui va continuer de les impacter

Si durant le confinement, la volumétrie de certains sinistres a eu tendance à fortement diminuer (automobile, santé…) certains sinistres ont au contraire vu une augmentation immédiate ou différée (prévoyance, cybercriminalité, vols/détériorations de biens productifs) et il est prévisible qu’un effet de rattrapage sinistralité soit constaté et que les assureurs soient amenés à sortir rapidement des montants importants afin de fournir les prestations à leurs assureurs sinistrés (ex : frais de santé optique et dentaire, responsabilité civile …).

Toutes les sociétés d’assurances ne sont pas exposées aux mêmes difficultés mais elles sont irrémédiablement toutes impactées par cette crise.

Des acteurs qui s’engagent

Néanmoins, le secteur se mobilise à travers des engagements forts. Ainsi la présidente de la FFA a annoncé la création d’une enveloppe collective de 3,2 milliards d’€ répartie entre :

  • (1) un programme d’investissement global destiné à refinancer les fonds propres des PME, des ETI, des start-ups biotechnologiques, des capacités de productions – françaises et européennes – de matériel médical et de médicaments (à hauteur de 1,5 milliards d’€),
  • (2) de mesures “excontractuelles et solidaires” à destination des populations et entreprises les plus exposées (à hauteur de 1,3 milliards d’€)
  • (3) et une contribution au fonds de solidarité mis en place par le Gouvernement (400 millions d’€, il est d’ailleurs à noter que cette enveloppe a déjà été doublée).

Outre ces mesures financières, les assureurs ont également agi en fournissant masques, nouveaux services (mise en place de soutien psychologique, service de téléconsultation)…

 

En résumé, on peut donc avancer que même si les assureurs sont sous le feu des critiques, on constate qu’ils font preuve d’agilité et prennent leurs responsabilités en apportant un soutien concret et primordial à la reconstruction de notre économie.

Sources
[1] Observatoire Français des Conjonctures Economiques
[2] Institut National de La Statistique et Etudes Economiques
[3] Fédération Française de l’Assurance
[4] Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution

Auteur de l’article

Cette tribune a été rédigée par Bertrand BICKELMANN, Manager au sein de l’activité sectorielle « Assurance » de Magellan Consulting.

 

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