Assureurs : Bilan de l’année 2020 et perspectives 2021

Aux prémices de cette nouvelle année, il est temps d’établir le bilan de l’année passée et d’identifier les perspectives qui se présenteront en 2021 pour le secteur de l’Assurance.

Il est indéniable que la gestion des crises sanitaires et économiques a occupé et impacté massivement le secteur, cependant il serait réducteur de cantonner l’année 2020 à ce sujet puisqu’elle a été marquée par d’autres changements majeurs (réglementaires, fin des paradigmes, essor de nouveaux acteurs…).

Des changements 2020 extrêmement structurants pour le secteur

L’effet Covid-19 et des confinements

Comme évoqué dans notre article de mai 2020, les caméras se sont braquées sur les assureurs qui ont fait l’objet de reproches vis-à-vis de la non prise en charge des sinistres de perte d’exploitation. 8 mois après le 1er déconfinement, force est de constater que les verdicts des tribunaux donnent autant raison aux assureurs qu’aux victimes et qu’ils reposent grandement sur l’analyse précise des contrats en question.
Impactés, plus ou moins durement, notamment par la baisse d’activité et la baisse des marchés, il ressort que tous les acteurs de l’assurance ont vu leurs résultats chuter par rapport à l’année 2018.

Malgré ce contexte difficile, le secteur a su rapidement s’adapter (création d’une enveloppe de 3,2 milliards d’euros de mesures face à la crise) et assurer la continuité de ses services (maintien de l’activité durant les confinements et peu de recours au dispositif de chômage partiel).
Il convient également de noter que les premiers travaux sur la création de l’assurance pandémie ont débuté dès juin 2020 mais qu’il est estimé que les premiers contrats couvrant ce risque ne seront pas disponibles avant 2022.

 

La fin de l’hégémonie du fonds en euros

Corrélée à l’évolution du taux directeur de la BCE, la performance du fonds en euros n’a jamais été aussi basse (le taux de rendement moyen en 2019 était de 1,5%) et les estimations pour 2020 tablent vers une performance aux environs de 1%. Afin de réorienter leurs clients vers les unités de compte ou de proposer des performances un peu supérieures, certains acteurs ont commencé à bouger les lignes en proposant des nouveaux types de fonds en euros (ex : les fonds en euros avec une garantie partielle du capital ou ceux offrant une performance assurée sous condition de ne pas procéder à des rachats sont apparus).

Sur le même modèle que les taux, la collecte en assurance-vie a donné lieu à une situation inédite puisqu’on a constaté une collecte nette négative sur les 11 premiers mois de l’année 2020 (-7,3 milliards d’euros entre janvier et novembre, à comparer avec les 23,3 milliards de collecte nette positive sur la même période en 2019). Tandis que dans le même temps, la collecte sur le livret A a littéralement explosé (27 milliards de collecte nette entre janvier et novembre). Après 6 ans d’existence, un succès plutôt mitigé et récemment simplifié par la loi PACTE, le produit Eurocroissance aura peut-être enfin sa carte à jouer dans le patrimoine financier des français.

 

Les bons débuts du nouveau Produit d’Epargne Retraite (PER)

A fin septembre 2020, près de 300 000 contrats de PER individuels avaient été souscrits un an après son lancement en octobre 2019. Son développement a été quelque peu entravé par le contexte de la Covid, néanmoins c’est une excellente performance comparée aux 50 000 à 60 000 ouvertures annuelles de contrats PERP et également au vu de la méconnaissance des français vis-à-vis de ce nouveau produit. Gageons qu’avec la fin de commercialisation depuis octobre 2020 des contrats PERP et Madelin, le PER poursuivra son ascension.

 

L’affaire H2O

Révélés dès 2019, le problème de liquidité (niveau d’exposition trop élevé à des obligations de sociétés non cotées) de certains fonds gérés par la société de gestion H2O, filiale de Natixis, a abouti à la suspension de huit de ses fonds de fin août à mi-octobre 2020. De nombreux clients détenteurs de ces fonds au travers de leur assurance vie avaient vu leurs investissements bloqués. Echaudés par cette affaire, plusieurs assureurs avaient choisi par la suite de prendre du recul vis-à-vis de H2O et de suspendre temporairement, voire bloquer la possibilité d’investir sur ces fonds. Quant à Natixis, la décision a été prise de céder sa participation, cette opération devant avoir lieu d’ici fin 2021.

 

Le projet de réforme des retraites

Le débat en début d’année 2020 sur le projet de réforme des retraites visant à instaurer un système universel de retraite avait été houleux à l’Assemblée Nationale mais le projet fut adopté par l’article 49.3. Suspendu en mars 2020, l’adoption de ce projet a été repoussé sine die. Impactés par cette réforme notamment par rapport à la façon de présenter leurs produits d’épargne retraite aux français, les assureurs resteront à l’écoute de cette réforme pour laquelle le gouvernement assure l’application avant la fin du quinquennat (2022).

 

La résiliation infra-annuelle en santé

Dans le prolongement de la loi Hamon, depuis le 1er décembre 2020 il est désormais possible de résilier un contrat de santé individuel ou collectif à tout moment une fois la 1ère année de souscription. Cette mesure favorable aux consommateurs incitera certainement à une mise en concurrence plus forte des offres santé du marché.

 

Les mouvements du marché

Parmi les principaux mouvements du marché en 2020, on retiendra notamment :

  • le projet de cession d’Aviva France qui attise l’intérêt de beaucoup d’acteurs français et de certains fonds internationaux tels qu’Allianz, Générali et Macif ;
  • la fusion des groupes mutualistes Macif et Aésio ;
  • le rapprochement des activités de gestion de taux et assurantielle d’Ostrum Asset Management et de La Banque Postale Asset Management.

Enfin on retiendra également la bataille opposant l’assureur mutualiste Covéa et le réassureur Scor débutée en 2018 (à l’époque Covéa avait proposé à Scor de le racheter, Denis Kessler PDG de Scor avait rejeté cette offre et reprochait à Thierry Derez, PDG de Covéa, d’avoir usé de son poste d’administrateur de Scor pour réaliser cette proposition). De nouvelles instances ne manqueront pas d’animer l’année 2021 avec notamment le passage au tribunal pénal et le procès contre Barclays (banque conseil et de financement de Covéa) ainsi qu’avec des changements de gouvernance annoncés aussi bien au sein de Scor que de Covéa.

Le développement de l’investissement socialement responsable

Impliqué en 2019 à hauteur de 13 milliards d’euros dans leurs investissements les assureurs annoncent se désengager totalement du secteur du charbon (CNP Assurances vise une sortie définitive en 2040, Macif en 2030).

Le montant des encours d’unités de compte responsables vertes et solidaires avait considérablement augmenté entre 2018 et 2019 passant de 6,2 à 25 milliards d’euros. A l’heure de l’écriture de ces lignes, les chiffres 2020 n’avaient pas encore été publiés mais ils laissaient à penser que malgré la crise le montant de ces encours continuerait d’augmenter. La dynamique devrait être la même concernant le montant des investissements verts des assureurs.

 

La montée en puissance des fintechs

Malgré la crise, 2020 a été une année record pour les levées de fonds des start-up françaises. Selon la banque d’affaires Avolta Partners l’équivalent de 5,5 milliards d’euros avaient été levés par la French Tech avec des belles réussites pour les acteurs de l’assurance (Alan avec une levée de 50 millions d’euros, +Simple avec 20 millions d’euros (et qui acquiert April Entreprise Est), Descartes Underwriting avec 15,7 millions d’euros, Yomoni avec 8,7 millions d’euros…).

Des nouvelles obligations à la pratique du démarchage téléphonique
Les acteurs ayant recours à cette pratique doivent remplir de nouvelles obligations entrées en vigueur en juillet 2020 :

  • interdiction de démarcher les consommateurs inscrits sur la liste Bloctel sauf si la sollicitation porte sur l’exécution d’un contrat en cours ;
  • le rapprochement a minima mensuel du fichier de prospection avec les données Bloctel ;
  • l’information de la possibilité d’inscription au registre Bloctel ;
  • le découpage en 3 temps des « appels à froid ».

 

Des attaques informatiques qui ciblent également les assureurs

MMA a été la cible en juillet 2020 d’une cyberattaque rendant inopérant le site internet MMA ainsi que les outils internes de l’entreprise le temps d’un week-end. Les entreprises MAAF et GMF ont également été impactées dans une moindre mesure. D’autres acteurs du secteur ont été attaqués mais n’ont pas forcément communiqué à ce sujet.

Mais des changements qui offrent des perspectives 2021 intéressantes et variées

La poursuite des travaux autour du nouveau produit d’assurance pandémie

Bien entendu, les effets directs de la crise sanitaire sur le secteur seront encore importants cette année (avec l’application de la taxe Covid de 1,3% du montant des cotisations encaissées pour les organismes de complémentaires santé ; la poursuite des travaux visant à la conception du nouveau produit d’assurance pandémie ; le gel des primes pour les entreprises des secteurs les plus touchés par la crise, le risque de défaillance voire faillite de certains de ses clients…) néanmoins d’autres sujets animeront pleinement cette nouvelle année.

 

L’exploration de nouveaux modes de travail

La crise sanitaire a entrainé le déploiement à grande échelle du travail à domicile. Appliqué à 100% – à l’heure de ces lignes jusqu’au 07/01/2021, le télétravail continuera probablement d’être appliqué massivement (sans doute pas à 100% sauf en cas de nouveau confinement) car les salariés y voient un intérêt (limitation du temps de transport, plus de flexibilité) ainsi que les entreprises (maintien de la productivité, volonté de limiter leurs surfaces occupées et donc leurs coûts fonciers). L’alternance travail sur site / travail à domicile animera le quotidien des salariés.

Or nous constatons que la réponse apportée n’a pas permis de préparer et de soutenir les individus dans leurs façons d’interagir, de superviser et d’organiser leur travail débouchant même parfois jusqu’à l’apparition de risques psychosociaux (manque de sociabilisation, angoisse, stress…). A l’échelle de l’entreprise, le constat est le même puisque les ambitions, la culture d’entreprise, l’organisation et les pratiques nécessitent également d’être revues. N’ayant pas encore le recul suffisant par rapport à cette nouvelle façon de travailler, le monde du travail se doit de s’adapter, chercher, expérimenter de nouvelles méthodes et pratiques afin de relever ce nouveau défi.

 

La cyberassurance, un marché à développer

Accru notamment par le télétravail, les risques liés à la cybercriminalité (phishing, ransomware) vont continuer de se développer. A travers l’actualité on peut penser que ce sont surtout les grandes entreprises qui sont les cibles de cette menace, pourtant les TPE/PME qui constituent a priori des proies moins intéressantes sont clairement les cibles de choix pour les hackers. Moins bien équipées, se sentant moins concernées, les TPE/PME s’estiment, à tort, déjà bien préparées à ce genre d’attaques. Si pour une grande entreprise le coût d’une cyberattaque peut s’avérer être mineur, à l’échelle d’une entreprise de taille plus modeste le préjudice peut être beaucoup plus lourd (interruption d’activité) et aller jusqu’à mettre en jeu la survie de l’entreprise. On constate, malheureusement, que s’équiper d’une police de cyberassurance afin de couvrir les frais financiers engagés en cas d’acte malveillant est souvent contractée après qu’un incident ait eu lieu. Charge aux acteurs du secteur de s’adapter et d’adresser des offres produit cohérentes avec les populations ciblées (prévention, gestion de crise post accident, indemnisation en cas de dommages…). La détention d’une cyberassurance va vite s’avérer indispensable pour tout un chacune, entreprise comme particulier.

 

L’émergence des plateformes et des Marketplace liés à l’arrivée des acteurs non traditionnels

De nouveaux acteurs s’immiscent dans le paysage de l’assurance intermédiée (des acteurs non traditionnels avec par exemple Blablacar qui monétise une partie de sa clientèle en leur proposant des assurances afin de couvrir leurs covoiturés ou Uber en proposant des assurances à ses chauffeurs ; et des assurtech qui s’adressent aux distributeurs d’assurance en leur offrant des espaces digitaux plus conviviaux, simples et rapides). Pour les assureurs, le risque d’un non-positionnement sur ce nouveau mode d’intermédiation est de perdre une partie de leur clientèle puisque celle-ci ne passera pas par le canal traditionnel. L’enjeu pour les acteurs qui souhaiteront se positionner est d’ouvrir leurs systèmes d’information par l’intermédiaire d’API (interface de programmation qui permet à des applications de communiquer entre elles et de s’échanger des données).

Sur le modèle des géants de l’e-commerce (Amazon, Fnac…), le monde de l’assurance commence également à se réinventer pour proposer à ses clients des solutions multimarques par l’intermédiaires de plateformes dédiées. En mettant ces plateformes à disposition de leurs réseaux (agents et/ou courtiers), ces acteurs viennent concurrencer les comparateurs et apportent une dimension plus digitale dans la relation qu’ont ces réseaux avec leurs clients. Dans un contexte de recherche d’économies, cette solution offre la possibilité de voir ses coûts mutualisés et pourrait se développer rapidement. Pour le moment plutôt utilisé dans un mode B to B to C, pourquoi pas le voir dans une relation plus directe B to C / B to B?

 

La poursuite de la transformation digitale

Les acteurs déjà engagés dans une démarche de transformation digitale avant la crise sont ceux qui ont su le mieux résisté. Pour d’autres, la situation a mis en lumière les points sur lesquels ils devaient se positionner. Mais d’un point de vue global, les sujets de digitalisation des processus et outils, de multicanalité, de relation client, d’adjonction de services annexes, de développement du self-care, de vision 360° du client constituent les principaux éléments auxquels les acteurs du secteur devront apporter des solutions afin de maintenir et relancer leurs activités.

 

Le développement des investissements verts

Davantage conscients de la fragilité de l’environnement et de la limitation de ses ressources, les épargnants souhaitent désormais donner une dimension plus « utile », « responsable » et plus verte à leurs investissements. Les épargnants sont désormais plus ouverts à viser un objectif de rentabilité moindre mais plus respectueux de l’environnement qu’à une rentabilité un peu plus élevée mais dont l’impact environnemental serait plus négatif. Les assureurs quant à eux ont un rôle à jouer et doivent aussi continuer à devenir plus « verts » pas seulement dans les services proposés à leurs clients mais aussi dans leur propre gestion.

 

L’activité post-Brexit

La fin de la période de transition convenue entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne s’est terminée au 31 décembre 2020 entrainant par conséquent les compagnies d’assurance basées au Royaume-Uni à ne plus avoir le droit de commercialiser des nouvelles polices et de renouveler des polices d’assurances existantes sans passer par l’intermédiaire d’une filiale basée dans l’Espace Economique Européen. Les intermédiaires d’assurance immatriculés au Royaume-Uni sont dans la même situation. Les compagnies anglaises étaient notamment très présentes dans le domaine de l’assurance construction, avec cette mise hors concurrence certains acteurs français porteurs de ce type de risque pourraient se positionner.

 

Auteur de l’article

Tribune rédigée par Bertrand Bickelmann, manager au sein de notre activité Assurance.

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